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Moyen Orient et Monde

À Gaza, le train diplomatique rattrapé par l’escalade militaire

Conflit

Les violences des deux derniers jours interviennent en plein flot de rumeurs sur un accord de cessez-le-feu imminent entre Israël et le Hamas.

10/08/2018

Deux séquences concurrentes déroulent le film gazaoui : d’un côté, des « rounds » quasi hebdomadaires d’échange de tirs de roquettes et d’obus de mortier avec l’armée israélienne ; de l’autre, une véritable course contre la montre diplomatique arbitrée par l’Égypte, le Qatar et l’ONU pour parvenir à un accord intérimaire de cessez-le-feu. Le Hamas et Israël ont conscience de leur aversion mutuelle à s’engager dans une nouvelle guerre comparable à celle de l’été 2014. Mais l’escalade militaire suit ses propres lois : chaque « round » relève le seuil de violence jugée contrôlable. Plus le sang chauffe et plus les erreurs de calcul et les incompréhensions commandent la suite des événements.

Hier matin, le tir de barrage visant le Sud israélien a atteint les 180 roquettes, le pilonnage le plus dense exécuté par le Hamas ces deux derniers mois. Pourtant, de l’aveu même de l’armée israélienne, tout serait parti d’un malentendu, d’un angle mort du renseignement militaire. Mardi matin, des vétérans du Hamas étaient réunis dans un avant-poste d’une unité de commandos-marines des brigades Ezzedine al-Qassam pour une cérémonie militaire. Une délégation de représentants du mouvement basés à l’étranger et actifs dans les pourparlers diplomatiques était présente. Deux snipers ont fait démonstration de leur arsenal devant l’assistance depuis une tour de garde, située à environ deux kilomètres de la barrière de sécurité qui sépare l’État hébreu de l’enclave palestinienne. Les troupes israéliennes stationnant à cet endroit n’étaient pas au courant des « festivités », une information pourtant élémentaire à obtenir. Un tir de char a abattu les deux snipers.


(Lire aussi : Israël bloque la fourniture de carburant à Gaza)


Temps de freinage supplémentaire
Au plus fort de la grande marche du retour, en mai dernier, et dans les premières semaines de sa phase descendante, l’organisation islamiste « encaissait » les tirs israéliens sans y répondre afin de laisser une chance à la manifestation populaire de mobiliser la communauté internationale contre Tel-Aviv. Mais le 29 mai, le Hamas s’est solidarisé avec le Jihad islamique qui avait revendiqué un feu nourri de roquettes et d’obus de mortier, restaurant ainsi la règle du jeu « œil pour œil, dent pour dent » antérieure à la grande marche.Peu après la mort des deux snipers mardi, le Hamas a promis des représailles livrées assidûment le lendemain, d’abord par des tirs de snipers en direction de la clôture de sécurité, puis par un barrage de roquettes dans la soirée et la nuit de mercredi à jeudi. La majorité des tirs ont été calibrés pour frapper des zones inhabitées, directement attenantes à la frontière, laissant les 25 projectiles menaçants pour les populations civiles israéliennes à la portée du Dôme de fer. L’armée israélienne a commencé à frapper la bande de Gaza lorsque sept roquettes sont tombées dans la ville méridionale de Sderot. L’aviation a visé 150 cibles et tué trois personnes : Ali Ghandour, fils d’un des commandants des brigades Ezzedine al-Qassam, une femme enceinte de 23 ans et son bébé de 16 mois.

Jeudi soir, les différentes factions palestiniennes ont sifflé la fin du round en déclarant qu’elles considéraient closes les dernières hostilités. Chaque étape plus en avant dans l’escalade augmente cependant la « distance de freinage », ou l’intervalle de temps nécessaire pour acquérir la certitude que la partie est réellement suspendue. Peu après l’annonce, une roquette a été tirée vers la ville de Be’ersheba. C’est la première fois qu’un des quatre grands centres urbains du sud d’Israël (Ashkelon,

Ashdod, Eilat et Be’ersheba) est visé depuis le début de l’escalade. Les avions israéliens sont ressortis peu de temps après, détruisant sur leur passage un centre culturel du camp de réfugiés d’al-Chati. Côté palestinien, la chronologie des frappes laissent voir une gradation : des tirs de courte portée « dans le vide » sur des zones quasi désertiques, sur le bouclier antimissile israélien, sur une localité urbaine moyenne puis sur un véritable foyer de population.


(Lire aussi : Des projets suspects derrière les menaces de suspendre le financement de l’Unrwa...)


Course entre le diplomatique et le militaire
L’engrenage d’hier déçoit sérieusement l’optimisme prudent suscité au début de la semaine par la séquence diplomatique. Des officiels du Hamas en exil avaient débarqué dans la bande de Gaza pour discuter avec Le Caire et l’ONU des termes d’un cessez-le-feu, en échange de l’assouplissement du blocus israélo-égyptien sur l’enclave palestinienne. Benjamin Netanyahu avait même ajourné une visite ministérielle en Colombie pour se concentrer sur le problème de Gaza avec son cabinet dimanche. Des détails sur un accord imminent ont circulé tous azimuts dans la presse israélienne ces deux dernières semaines, s’appuyant à chaque fois sur des « sources anonymes impliquées dans le dossier » et laissant entrevoir un effort diplomatique intense.

Aussi, l’affrontement d’hier, même s’il prépare une guerre à venir, ne signifie pas que le Hamas se désintéresse d’un accord de cessez-le-feu. L’organisation doit faire face à deux contraintes. Tout en poursuivant le travail diplomatique, elle doit rendre la monnaie de la pièce à l’armée israélienne dans les règles de la guerre et affirmer son monopole de la violence sur des factions concurrentes, au premier rang desquelles le Jihad islamique. Ces dernières sont plus aventureuses, responsables d’une grande partie des atteintes au cessez-le-feu depuis 2014. Le Hamas est parvenu à discipliner leurs rangs au cours des quatre dernières années, mais il lui est impossible de jouer les « bad cops » jusqu’au bout, au risque d’agir indirectement pour le compte d’Israël et de pasticher l’Autorité palestinienne, que le Hamas caricature comme la police de l’occupant en Cisjordanie.

Côté israélien, Gaza n’est pas une priorité stratégique. L’attention de l’état-major est focalisée sur l’implantation iranienne en Syrie, un second Liban-Sud qui risque de pomper l’énergie israélienne pour une durée indéterminée. La principale force de rappel vers Gaza est l’opinion publique. Une forte majorité serait insatisfaite de la réponse de Tel-Aviv aux départs de feu causés par l’envoi de cerfs-volants incendiaires depuis la bande de Gaza, d’après une série de sondages récents.

Les décideurs israéliens sont ainsi partagés entre les militaires et les politiques. Les premiers poussent en faveur de mesures d’urgence humanitaires pour faire respirer la bande et permettre au Hamas d’effectuer une « pause », car, dans les circonstances actuelles, le mouvement n’a pas le droit à l’inaction. Les seconds rechignent à faire le premier pas tant qu’ils n’ont pas reçu de garanties suffisantes sur l’avenir des deux Israéliens retenus en captivité par le Hamas, ce sur quoi l’électorat est à fleur de peau. La séquence diplomatique marque le pas, tandis que la militaire prend chaque semaine de nouveaux raccourcis.



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LA TABLE RONDE

Gaza est en miniature la preuve de l'impuissance disrael face à une résistance déterminée à ne pas se laisser faire.

À plus forte raison si ce pays du crime devait faire face à un peu plus FORT .....

LA PEUR A CHANGÉ DE CAMP TANT QUE CES POLTRONS disrael n'auront pas le courage d'attaquer GAZA LA COURAGEUSE.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TRAIN APRES TRAIN ILS ROULENT AVEC DE MINCES STATIONS ...

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