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Liban

Pour l’histoire : la protection des animaux au Liban a... 91 ans

tribune
Samy KHAYATH | OLJ
11/08/2018

Enquêter, prouver une maltraitance envers les animaux et porter l’affaire en justice sont des actes de courage et de sensibilité humaine qui méritent d’être salués. Ils sont à mettre au crédit de BETA et d’Animals Lebanon, tout autant qu’à celui du magistrat Mansour el-Kahi, qui a émis un jugement sanctionnant le tortionnaire de chiens. Merci surtout au président Aoun qui s’est personnellement investi dans la sauvegarde des ressources animales. Il est vrai qu’il y a encore beaucoup à faire pour la protection des animaux, tant il est vrai qu’au Liban, mais aussi dans tous les pays du monde, s’acharner sur de faibles créatures est pour certains un acte de bravoure. Dans le cadre de cette cause animale qui passionne de plus en plus de Libanais, je souhaite attirer l’attention de M. Jason Mier, directeur exécutif d’Animals Lebanon, sur le fait que si son association vient « juste de fêter ses dix ans, alors que la lutte pour la cause animale œuvre depuis 200 ans au Royaume-Uni », comme il l’a affirmé à L’Orient-Le Jour, notre pays n’est pas à la traîne puisque la Société protectrice des animaux (SPA) au Liban aligne 91 bonnes années de lutte.

Elle a été créée en 1927 par mon père Albert Khayath et fut la première association du genre dans tout le Moyen-Orient. À l’époque, elle était bien sévère, la SPA. Une tonne de documents laissés par mon père le prouve : prison et amendes particulièrement élevées à qui battait un âne ou surchargeait un mulet (les voitures étaient si rares en ce temps-là). Des centaines de procès-verbaux de toutes sortes, avec nom des contrevenants, leur adresse, les infractions commises et les peines infligées sont aussi en ma possession. Il est vrai qu’il y avait alors le mandat français, avec tous les hauts commissaires et grands commis de la République qui figuraient sur la liste des membres d’honneur de la SPA. C’est dire que sur ce plan, l’on ne badinait pas avec les Français. À la mort de mon père, avec un groupe d’amis (merci Nada Le Cavelier, Gaby Massoud, Fay Geahel, le docteur vétérinaire Yves Naaman, Bernard Fattal, Paul Saghbini...), je relance la SPA qui connut de très beaux jours durant les années 1970, avec une « Brigade 16 » qui nous épaulait pour arrêter les chasseurs de cigognes sur les toits des immeubles.
Pour cette campagne de protection des cigognes, L’Orient-Le Jour et an-Nahar nous avaient offert des centaines d’encarts publicitaires prônant le respect de ces gracieux voyageurs et qui figuraient en bonne place dans ces quotidiens durant plus d’une année.


(Lire aussi : Au Liban, la prison avec sursis pour un tortionnaire de chiens)


Puis ce fut la guerre. En 1975, la SPA est alors orpheline de la plupart de ses membres. Sans bureau, sans téléphone, sans aucun budget, je maintiens l’association en vie et lui assure une couverture médiatique locale et européenne grâce à ma carrière artistique. Il était difficile de convaincre mes concitoyens de l’importance de la cause animale alors que tant de souffrances affectaient l’ensemble du pays. Même après la guerre, les années 90 furent atroces sur le plan des souffrances infligées principalement aux chiens errants abhorrés par tous. J’étais souvent convoqué dans les commissariats de police sur injonction des municipalités indignées de mes protestations répétées contre les méthodes employées sur ces pauvres canidés : abattage au fusil mitrailleur ou poison. Venait cependant à mon secours l’arme du rire qui tempérait les critiques de ceux qui brandissaient la formule éculée du « fondez plutôt une société protectrice des hommes ». Mais il fallait persister et ressasser sans cesse les mêmes slogans sur l’indivisibilité du respect dû à l’homme, à l’animal et à la nature, pour imprégner les esprits de sensibilité citoyenne. Si ce matraquage a trouvé écho quelque part dans la mémoire collective des Libanais, ce sera pour moi un vrai motif de fierté. Aujourd’hui, c’est à la jeune génération de profiter de cet élan, de l’internet, des réseaux sociaux et de la facilité de communication et de levées de fonds pour poursuivre le combat. Plusieurs associations voient maintenant le jour et c’est sur elles qu’il faut compter. La SPA libanaise n’est plus la seule dépositaire du flambeau. Elle demeurera au service des citoyens avec les seuls moyens de ma famille et une volonté tenace de ne pas abandonner ce « sacerdoce ».

Samy KHAYATH
Président de la SPA au Liban


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