X

Diaspora

Au Canada, le Liban O.K. sur glace !

Canada

Une quinzaine de joueuses forment depuis décembre « Les Cèdres », première équipe nationale féminine libanaise de hockey sur glace.

21/01/2019

C’est une journée froide d’hiver, où la neige se mêle au temps grisâtre qui plombe le centre-ville de Montréal. À la patinoire McConnell, plusieurs Canadiennes et Américaines sont réunies autour de leur passion pour le hockey… et leur origine libanaise. Habillées d’un jersey rouge frappé d’un cèdre vert, elles sont fières de représenter le Liban dans cette nouvelle équipe sportive.

En entrant dans l’arène, les joueuses sont regroupées autour de l’entraîneur. Leur fébrilité est palpable. Elles vont jouer pour la première fois ensemble. « Vous faites maintenant partie de l’histoire. Tout le monde va se souvenir de vous, car vous êtes les premières », lance l’entraîneur aux joueuses avant qu’elles n’entrent dans le vestiaire pour revêtir leur immense équipement de hockey. Elles sont à la fois excitées et nerveuses, mais confiantes. Elles ne pensent qu’à patiner sur la glace et gagner leur premier match.

Arrivé à six ans au Québec, l’entraîneur de l’équipe, Ralph Melki, a toujours été un grand amoureux de hockey. Avec quelques collègues, il a créé la Fédération libanaise de hockey sur glace (FLHG). Basée à Montréal, la FLHG compte une équipe masculine depuis l’année dernière, mais n’avait pas d’équipe féminine jusqu’à présent. « J’ai remarqué qu’il y avait beaucoup de Libanais qui jouaient au hockey, et je me suis dit qu’un jour nous pourrions créer une équipe nationale libanaise pour ainsi représenter les couleurs du pays », explique le vice-président de la FLHG.

Puisqu’il n’y avait pas d’équipe féminine, l’Américaine d’origine libanaise Sally Tarabah a décidé d’en créer une. « Il faut représenter le Liban dans son entièreté, déclare la joueuse et coordinatrice de l’équipe. Tout le monde pense au hockey comme un sport masculin, mais c’est aussi un sport où les femmes excellent. »

La création de cette équipe est un grand pas en avant pour les femmes, estime la joueuse Suelana Taha, 31 ans. « Cette équipe féminine nous donne une voix dans un sport qui est principalement occupé par les hommes. C’est une façon d’augmenter le pouvoir des femmes dans le sport », souligne cette Canadienne d’un ton engagé, prête à enfiler ses patins.

Ponts culturels

Les joueuses se regroupent sur la glace autour de la gardienne. En rond, elles poussent un cri d’encouragement. Cinq joueuses se dirigent vers le centre de la patinoire pour se mettre en position. Face à l’adversaire vêtu de chandails blancs immaculés, elles n’ont peur de rien. L’arbitre siffle, puis lance la rondelle. Une attaquante des « Cèdres » saute sur l’occasion et fait une passe à sa coéquipière. Le premier match a officiellement commencé.

Issues de la diaspora libanaise, les joueuses proviennent majoritairement du Canada et des États-Unis. Beaucoup sont de deuxième et troisième génération et ne baignent plus dans leur culture d’origine. « Nous sommes fières de nos racines, et cela nous permet de nous rattacher à notre pays », explique Alison Mahfouz, 36 ans, qui ne parle pas arabe.

Certaines n’ont jamais mis les pieds au pays, mais croient que leur participation à cette activité leur permettra de renouer avec leurs origines. « Je suis triste de ne pas vraiment connaître ma culture. Être dans cette équipe me permet donc d’en apprendre plus sur mon pays », confie Amanda Abounader, Montréalaise de 20 ans dont les grands-parents sont libanais.

C’est aussi ce que constate Alison Mahfouz en côtoyant ses nouvelles camarades. « Quand je suis avec l’équipe, je me renseigne sur ma culture, je mange de la nourriture libanaise, j’apprends des mots arabes et je sens que j’accomplis quelque chose de très important pour ma communauté », précise-t-elle, déterminée à gagner ce match.

Malgré la distance qui sépare ces joueuses de leur patrie d’origine, elles se décrivent comme des Libanaises de cœur et espèrent un jour pouvoir disputer un match au Liban. « Je crois qu’il y a 18 millions de Libanais dans le monde, et 4 millions sont au Liban. Vous pouvez sortir des individus du Liban, mais vous ne pouvez pas leur ôter la fibre libanaise », affirme Sally Tarabah, née au Liban et qui a déménagé aux États-Unis en 1995.

Exporter le hockey au Liban

Ralph Melki souhaite transmettre le feu sacré du hockey au Liban. « Au Canada, le hockey est une religion et fait partie de la culture, explique-t-il. Les Libanais de la diaspora sont tombés amoureux de ce sport et nous voulons l’exporter au Liban. » Le président de la FLHG Charles el-Mir partage cette volonté. Son rêve serait de construire une patinoire au pays pour que la population puisse goûter à ce sport.

Le président du Comité olympique libanais, Jean Hammam, qui était sur place pour l’inauguration de l’équipe féminine, est très heureux de cette initiative. « Ce n’est pas si facile d’avoir une fédération au Liban, surtout pour un sport qui ne se pratique pas sur le sol libanais, souligne-t-il. Le hockey sur glace n’existe pas au Liban, mais la diaspora pratique grandement ce sport. »

Fières de leur excellente performance sur la glace, les joueuses sont du même avis. Elles souhaitent représenter leur pays d’origine, tout en démocratisant leur sport préféré au Liban. « Nous sommes les Cèdres. Avec cet emblème, nous pouvons rendre notre pays fier, et peut-être même participer aux Jeux olympiques pour la première fois en hockey ! » s’exclame Sally Tarabah.

La Fédération libanaise de hockey sur glace (FLHG) a obtenu son accréditation officielle du ministère libanais de la Jeunesse et des Sports le 22 novembre dernier, une nouvelle qui a grandement réjoui les passionnés de hockey sur glace.


Cette page est réalisée en collaboration avec l’Association RJLiban. E-mail : monde@rjliban.com – www.rjliban.com


Lire aussi

Les beaux balbutiements du hockey sur glace libanais


À la une

Retour au dossier "Diaspora"
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.