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Liban

Réfugiés syriens : les participants au sommet esquivent la polémique en adoptant un texte de compromis

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Le communiqué final incite la communauté internationale à « fournir les aides nécessaires pour encourager un retour conforme à la légalité internationale et dans le respect de la souveraineté des pays d’accueil ».

21/01/2019

Le Liban aura poursuivi l’étalage de ses clivages devant ses invités au sommet économique de la Ligue arabe jusqu’à la dernière minute et aura démontré la profondeur du fossé qui existe parmi ses responsables, notamment autour de la question du retour des réfugiés syriens chez eux. Ce sujet litigieux et éminemment politique a fini par faire l’objet d’un communiqué final neutre qui a réussi à épargner au sommet de plus amples dégâts.

Après une série de crises – la réhabilitation de la Syrie au sein de la Ligue et la présence de la Libye au sommet – qui se sont répercutées lourdement sur le niveau de la représentation officielle des pays arabes, le dossier des réfugiés syriens est venu ternir un peu plus l’éclat d’un événement dont le potentiel aurait pu être plus prometteur.

Le fervent discours du ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, vendredi dernier lors de la réunion avec ses homologues arabes sur la nécessité de consacrer le principe du retour « non volontaire » des réfugiés syriens en amont d’un règlement politique, a finalement été occulté par les résolutions finales du sommet, du moins telles que formulées par M. Bassil.

Le secrétaire général de la Ligue, Ahmad Aboul-Ghait, l’a clairement dit lors de la conférence de presse, en soulignant que les protagonistes ont voulu éviter les « sujets conflictuels aussi bien que politiques ».

Il faisait allusion aux divisions profondes que suscite au sein de la classe politique libanaise le principe d’un retour forcé des réfugiés dans des conditions que certains considèrent non propices pour l’heure. L’intervention remarquée du ministre d’État pour les Affaires des réfugiés, Mouïn Merhebi, affirmant samedi que les prises de position de M. Bassil sur ces deux questions « ne répercutent qu’un avis personnel du ministre qui ne peut par conséquent lier l’État libanais », a révélé la gravité des tiraillements internes autour de ce dossier sensible et l’impossibilité, pour l’heure, de parvenir à une solution concertée.

« Personne n’a chargé M. Bassil de s’exprimer au nom de l’État libanais, d’autant que le Conseil des ministres, actuellement chargé d’expédier les affaires courantes, n’a pas convenu d’une politique publique sur la question des réfugiés. Le ministre des Affaires étrangères n’a pas le droit de faire cavalier seul », a déclaré M. Merhebi lors d’une conférence de presse tonitruante, dont la teneur a été en partie reproduite dans une lettre qu’il a adressée au secrétaire général de la Ligue.

Tout en reconnaissant le fardeau que représente la présence des réfugiés pour le Liban et le double refus du rapatriement forcé mais aussi de leur implantation au Liban, le ministre a réaffirmé la nécessité d’un retour « digne et sécurisé » des déplacés, avec des garanties obtenues auprès des Nations unies et des pays arabes.

M. Merhebi a conclu en invitant les participants à soustraire la question des réfugiés de toute « surenchère politique ou populiste », d’autant que le sommet arabe est exclusivement concerné par « des discussions sur les politiques économiques et sociales qui intéressent communément le monde arabe ».

Une idée relayée par le secrétaire général de la Ligue arabe, qui a rappelé au début de la conférence de presse finale que le sommet est dédié au « citoyen arabe » et non aux « questions politiques conflictuelles ».


(Lire aussi : Sommet arabe : l’Iran défend « sa » Syrie face à l’Arabie)


Une déclaration de principes généraux
La tentative de M. Merhebi de court-circuiter le forcing effectué par M. Bassil en vue de faire avaliser un retour « sécurisé » mais indépendant de la crise politique ont partiellement abouti, les recommandations finales de la Ligue ayant évité de mentionner de près ou de loin les conditions d’un tel retour, ni s’il doit être volontaire ou non.

M. Bassil aura réussi de son côté à obtenir auprès des protagonistes un texte exclusivement consacré à la question des réfugiés et une reconnaissance du poids qu’ils représentent pour les pays hôtes, dans un communiqué adopté parallèlement à la déclaration finale dite de Beyrouth.

Dans le communiqué lu par M. Bassil, les participants au sommet ont souligné que « la crise des déplacés et des réfugiés dans les pays arabes est considérée comme étant la pire catastrophe humanitaire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale », estimant que « la région arabe supporte le plus grand poids de cette crise ».

Le texte appelle par ailleurs les pays donateurs à assumer le fardeau de la crise des déplacés et des réfugiés « en honorant leurs engagements financiers, en fournissant les fonds nécessaires aux pays hôtes pour répondre aux besoins des personnes déplacées et réfugiées, en soutenant l’infrastructure et en fournissant une assistance aux déplacés et aux réfugiés dans leur pays d’origine pour les encourager à y retourner ».

Le communiqué appelle la communauté internationale à assumer ses responsabilités pour « atténuer l’impact de la tragédie » des réfugiés et déplacés, en redoublant d’efforts en vue de créer « le contexte propice » pour encourager leur retour qui doit toutefois avoir lieu « conformément à la légalité internationale et dans le respect de la souveraineté des pays d’accueil et de leurs lois ».

Ce texte annexe, dans lequel les signataires semblent ménager la chèvre et le chou, serait si l’on en croit les propos de M. Bassil l’aboutissement d’un compromis de dernière minute. Le ministre des Affaires étrangères a indiqué lors de la conférence de presse finale que ce texte avait été refusé au départ pour finir par être avalisé, se félicitant d’avoir marqué une « victoire » qui, a-t-il dit, « sert l’intérêt du Liban ».

Pour Ziad Sayegh, expert en politiques publiques et réfugiés, « il n’y a rien d’inédit dans ce communiqué qui ne fait que reprendre la teneur de la déclaration finale du sommet de la Ligue arabe tenu à Amman en 2017, et l’esprit du pacte mondial sur les réfugiés ».

Adopté en décembre dernier par une majorité de pays, à l’exception des États-Unis et de la Hongrie, le pacte mondial sur les réfugiés met l’accent sur la notion de responsabilité partagée. Il prévoit en outre d’alléger les pressions exercées sur les pays d’accueil, d’accroître l’autonomie des réfugiés et d’aider à créer dans les pays d’origine les conditions nécessaires au retour des réfugiés dans la sécurité et la dignité. « C’est quasiment la même formulation que l’on retrouve dans le texte adopté hier par les participants », a conclu M. Sayegh.


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