L’édito de Ziyad MAKHOUL

Suicidaires, crétins et Libanais

L’édito
21/01/2019

Le Liban devient plus que jamais un cas d’école. Clinique. Peu de dirigeants de par le monde arabe peuvent se vanter d’avoir, à ce point et collectivement, détruit une image et une réputation ; stérilisé un champ de possibles ; craché dans la soupe ; vendu leur peu d’âme à tous les diables ; détourné, pillé et saccagé ; dynamité toute éventuelle ébauche de progrès et assassiné lentement mais tellement sûrement son peuple. Peu de peuples de par le monde arabe peuvent se vanter d’avoir, à ce point et collectivement, abdiqué ; contribué à l’effondrement ; cautionné mille et un délits/crimes ; transformé la résilience en résignation ; suicidé leurs plus minces espoirs, et suivi aveuglément et silencieusement, en crachant sur tel ou tel d’entre eux, leurs dirigeants. Le syndrome de Stockholm, d’une ampleur inédite et jamais égalée, qui nous lie, nous peuple libanais à nos dirigeants, est affolant.

Le Liban n’est ni un État, ni une nation, ni un pays. Les dirigeants et le peuple qui le (dé)font ne partagent ni la même lecture, ni la même vision, ni les mêmes valeurs. Ils n’ont pas de livre d’histoire commun et ils ne racontent pas les mêmes histoires. Ils méprisent leur passeport, leur monnaie et, souvent, très souvent, ils remplacent le drapeau libanais par l’étendard de leur parti. Ils ne bénéficient pas des mêmes droits et n’ont pas les mêmes devoirs. Ils ne gèrent pas le même Liban, ils ne vivent pas dans le même Liban et ils ne veulent pas du même Liban. Pire que tout : les dirigeants et le peuple libanais se posent continuellement en victimes. Surtout après avoir menti, volé et trahi la confiance des uns et des autres. Surtout après avoir magouillé dans le dos d’un pays ami. Surtout après avoir essayé de jouer au plus malin, en voulant faire plaisir aux chèvres, aux choux, aux grappes de raisin et aux ours.

Alors on s’étonne que seuls le Qatari (déterminé à faire un bras d’honneur à ses rivaux du Golfe) et le Mauritanien aient fait le déplacement à Beyrouth (et encore : c’était un passage-éclair pour Tamim ben Hamad al-Thani…) à l’occasion du sommet économique et social de la Ligue arabe. On en veut à ces Arabes qui n’aident pas le Liban, qui ne l’encouragent pas à faire primer son arabité sur toute autre considération d’axes ou de calculs géopolitiques. On « comprend », à l’instar de l’un des plus incompétents ministres libanais des Affaires étrangères, les raisons de ce boycottage, et on demande aux riches pays arabes de ne pas laisser tomber le Liban – c’est à peine si on ne les critique pas ouvertement quand ils refusent d’être des vaches à lait. Mais on n’a toujours pas saisi à quel point il est indispensable et urgent que le Liban commence par balayer devant sa porte. Qu’il admette qu’à trop vouloir embrasser les uns et les autres ou cirer les pompes de tout le monde, on finit dans une sinistre solitude, surtout en temps de crise, par n’étreindre personne ; qu’à force de parier sur le(s) mauvais cheval(aux), tout va littéralement s’écrouler. Qu’il applique stricto sensu la distanciation, au lieu de se contenter de rabâcher le terme. Indispensable et urgent que le Liban établisse une fois pour toutes son génome, son ADN, et qu’il agisse en conséquence : Liban-Liban d’abord, Liban-à-visage-arabe ensuite, et Liban-pont-entre-deux-rives surtout, mais jamais Liban-siamois, ni avec l’Iran, ni avec l’Arabie saoudite, ni avec la Syrie (que plus jamais ne revienne cette sinistre concomitance des deux volets), ni avec l’Occident.

Pour tout cela, il faut un arbitre. Pour ce quadruple ni (Iran, Arabie, Syrie, Occident), pour ce définitif oui (Liban-Liban), pour la pérennité politique, économique et culturelle de cette marque (Liban, encore et toujours) et pour sa souveraineté totale, il faut un arbitre. Pour sacraliser la démocratie et les libertés et le droit, pour ressusciter le pays, et peut-être un jour l’État et la nation, il faut un arbitre. Pour entériner les bons choix, aussi consensuelle que soit cette démocratie, il faut un arbitre. Pour essayer de redonner l’espoir, il faut un arbitre.

L’arbitre ne peut être que le président de la République, celui qui, à défaut d’imposer, se doit d’énoncer et de dénoncer. À voix haute. Sans tabous. Sans craintes. Or, l’actuel président de la République s’appelle Michel Aoun.

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